zéro-sifr 1.1 | design : Krimineilzat productions | © l'arsenal éditions 2011 --- Firefox -- Adobe Reader  |||   mise à jour : 04.09.2015
logo <br /><br /><strong>zéro</strong>


Télécharger le manifeste en PDF

Depuis 2001 et le déplorable « Choc des civilisations » auquel succéda la très rhétorique « Guerre contre le terrorisme », on assiste à une incapacité occidentale à envisager le monde arabe comme autre chose qu'un repère d'islamistes ne souffrant pratiquement aucune opposition ni aucune résistance, comme si la laïcité ne devait jamais même traverser l'esprit de peuples fondus dans une résignation homogène à l'obscurantisme religieux, voire à la dictature.

On sait le pis-aller politique qu'a toujours constitué la dualité entretenue des dictatures face à la menace intégriste, justifiant toutes les compromissions diplomatiques des démocraties occidentales avec des régimes arabes ineptes, ainsi qu'il en allait à une autre époque du soutien à des dictatures fascistes, au nom de la lutte contre le Communisme de l'URSS, durant la Guerre froide.

Or, depuis peu, la donne a changé au Moyen-Orient, à commencer par le Maghreb au sein duquel la jeunesse tunisienne inaugura ce qui s'avéra rapidement comme une suite ininterrompue de révoltes dans divers pays, rompant tant avec l'oppression autoritaire des systèmes en place, qu'avec l'image d'Épinal de l'intégriste musulman prétendument caché derrière chaque Arabe.

À l'autre extrémité de ce contexte, en Europe, le discours anti-arabe (sous le générique confortable d'islamophobie) se voit encouragé par la surenchère qu'opposent aux démocrates laïcs, tant le racisme classique de l'extrême droite conservatrice, que le travail de récupération entrepris par divers groupuscules islamistes radicaux auprès d'une frange de la jeunesse maghrébine, avec le conflit israélo-palestinien en arrière-fond et l'antisémitisme1 comme combustible inépuisable. Ce beau fatras idéologique aux relents religieux (tantôt adulés, tantôt honnis) des plus opportunistes occupe l'avant-scène médiatique et rend toute critique radicale des religions suspecte, voire carrément compromettante ou même dangereuse.

Le fait est que le terrain (et le champ sémantique) est tout entier investi par ces groupes fascisants qui s'invectivent à grands renforts d'amalgames — voire, font le coup de poing dans les rues —, sans qu'aucune contradiction démocratique sérieuse ne leur soit opposée. Au mieux, la frange dite progressiste de la société occidentale n'émet qu'un discours insipide et politiquement correct perclus d'autoflagellation face à un passé qu'elle n'en finit pas d'« expier » (Shoah, colonies et guerres de libération nationales, néocolonialisme, etc.) ; au pire, elle précède la demande « religieuse » (supposée telle, mais émanant le plus souvent d'intégristes), en fourvoyant sa propre laïcité dans des compromissions grotesques, qui en n'interdisant pas le port de signes religieux aux fonctionnaires de l'État, qui en interdisant à tous le porc dans les cantines d'écoles au nom du respect des préceptes de quelques uns, qui enfin, en jugeant recevable devant un Tribunal des plaintes pour blasphème, quand on ne change pas carrément la loi2 elle-même pour y introduire ce genre de notions absurdes (appliquées à toute religion, soi dit en passant).


zéro est une revue francophone diffusée gratuitement sur le Web, dont la parution est aléatoire et dont le champ d'action se développe tant en direction d'une critique politique et philosophique pointue, que vers l'art et toutes les formes de la créativité contemporaine (possiblement jusqu'à l'érotisme), qu'elles proviennent d'Europe, du Maghreb ou du Proche-Orient, dans le but avéré de créer des liens (non-exclusifs) entre les esprits laïcs et plus largement progressistes, émanant des mondes arabe et occidental, dont la complémentarité historique n'est plus à démontrer.

zéro tire son nom du chiffre « 0 » (Sifr, en arabe) que la traduction des mathématiques arabes a introduit en Europe, au VIIIe siècle, et du groupe artistique international « ZERO » actif dans les années 60. Dans le contexte actuel, le chiffre zéro fait aussi allusion à ce nouveau point de départ rendu possible par les révolutions en cours dans le Maghreb et au-delà, au Proche-Orient.

zéro est une revue laïque d'inspiration libertaire, mais pluraliste et libérée des circonvolutions de langage propres à niveler le débat démocratique (par essence contradictoire), quand il n'est pas simplement confisqué par des extrémistes qui ne s'en servent que pour en vicier la substance, ou par un centre-gauche qui (s')interdit toute position critique tant soit peu explicite, au nom d'un « humanisme universaliste de collaboration » dont la béatitude politique lâche la bride aux rétrogrades religieux de tout poil, en ouvrant ainsi le champ aux critiques orientées des rétrogrades d'extrême droite, par un jeu d'émulation réciproque dont la démocratie ne sort jamais indemne.

zéro entend mettre les femmes au centre de l'action et du débat, tant en ce qui concerne leur parole que leur corps, là où les enjeux qui les concernent se règlent encore le plus souvent à l'encontre de leur volonté, de leur bienêtre et de leur simple liberté individuelle, en atteignant régulièrement à leur épanouissement physique, à leur image et à la simple égalité sociale dont elles devraient pourtant jouir naturellement. Ce, en vertu du fait que ne pas respecter les femmes, c'est nécessairement insulter les hommes qui les estiment.

zéro entend également poser la question des enjeux du féminisme contemporain face aux restrictions religieuses, au sein des populations arabes, qu'elles puissent être perçues comme problématiques pour une certaines émancipation des femmes dans le monde arabe, alors qu'elles représentent, a contrario depuis quelques années, une forme dérivée d'affirmation « identitaire » auprès des populations jeunes qui sont nées et vivent en Europe.

zéro se veut être une plate-forme d'expression possible pour les opposants qui luttent contre les dictatures au pouvoir dans les pays arabes, et pour ceux et celles qui se battent contre toute forme d'obscurantisme, présente ou à venir, dans ces pays, qu'elle soit d'ordre religieux, politique, sexiste ou sociale, etc. La revue est ouverte à tout(e) intellectuel(le), journaliste, artiste, militant(e) des Droits Humains, opposant(e) politique démocrate, qui jugera bon de lui faire confiance pour relayer ses propos.


Le comité de rédaction,
Cynthia Jean
Walid Gharbi
Alain Van Haverbeke
03.2011


- - - - - - - - - -
1| Aujourd'hui disparu de la définition, dans le Robert de la langue française, le terme « antisémitisme » était décrit comme d'usage abusif, puisqu'il restreignait à la haine des seuls Juifs, un terme qui concernait étymologiquement l'ensemble des Sémites - Arabes compris, donc. Désormais, on trouve aussi « judéophobe » (comme « islamophobe », dont il provient dans sa construction) qui est un terme assez récent (vers 1990) composé sur une racine et un suffixe « -phobe » qui indique « la peur ». Là aussi, certains admettent un usage forcé (propagé par les médias) de cette notion de « peur », là où le préfixe « anti- » serait sans doute plus indiqué pour marquer une opposition caractérisée aux Juifs ou aux Arabes et leur rejet proprement raciste. Ce, bien au-delà de la critique légitime de leurs religions respectives, ce que d'aucuns, issus de ces traditions, ne se privent d'ailleurs pas de faire à juste titre.

2| C'est le cas depuis 2010 en Irlande (25 000 € d'amende), mais déjà auparavant en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, au Danemark, etc.